Voir, voire regarder, s'arrêter, voire se reposer, poser des questions, comprendre, s'enthousiasmer, bref partager le bref passage. Marhba!

mardi 20 novembre 2007

ALTIERE CONSTANTINE

ALTIERE CONSTANTINE

Constantine est reconnue, de par le monde, comme un des hauts lieux du tourisme, en termes de sites et de dépaysement. Cet aspect est aujourd’hui perdu de vue, faute d’infrastructures, mais aussi du fait de l’inconséquence des hommes. Constantine était pourtant appréciée, tant par les gens de passage que par ses habitants. C’était un lieu de villégiature, où tant de choses, tant chez les hommes que dans la nature faisaient qu’on s’y attachait.

Gens de savoir, artistes, musiciens et poètes, habiles artisans, honorables négociants, figures épicuriennes, hautes en couleurs, courageuses et généreuses personnalités, fiers serviteurs de Dieu et grands amoureux de la vie, faisaient de cette ville, alors à l’échelle de ses habitants, un endroit privilégié.

Privilégiée, Constantine l’était aussi, par son site grandiose, où roche, eau et verdure se marient en une rare harmonie, pour faire de la ville et de ses environs, un lieu enchanteur, dont la félicité fut maintes fois chantée, en musique « Ksemtini ».

Cette belle musique, dont le raffinement, même en allegro, ne s’est jamais démenti, démontrant la virile douceur des mœurs constantinoises. Musique dont les fluides sonorités, ne manquent jamais d’évoquer, outre le rossignol, le murmure des eaux.

Constantine tirait sa vitalité de ses hommes et de son eau. Car, on ne le souligne pas assez, l’eau était partout, dans les fontaines publiques de la ville et en d’innombrables endroits réputés pour leur beauté.

On citera les bassins « Rémès », au fond des gorges, où par la grâce d’une source généreuse, l’eau coulait à flots, pour le plus grand bonheur des ébats des petits et des bains ou baignades des plus âgés. On pouvait accéder à ces lieux de joie et de détente, grâce au fameux Chemin des touristes, miraculeuse corniche pédestre, qui serpentait à flanc des parois vertigineuses du ravin, offrant au visiteur des sensations uniques au monde.

On citera aussi Sidi M’cid, rare rendez-vous de l’exubérance de la nature, de la dextérité des hommes et de l’émotion d’un dévotion au-delà des croyances des uns et des autres, animistes, juives et musulmanes.

Site féerique, s’il en est, appréciable en toutes saisons, grâce à la source d’eau chaude, dont on ne sait aujourd’hui si elle s’est tarit ou a vu son cours souterrain détourné, à moins, comme me le confiait sérieusement un vieux d’El Ghaba (nom donné aux environs du site), qu’elle ne soit fâchée contre nous.
Cette source alimentait trois piscines, la « P’tite », avec sa pittoresque cascade et son rocher creux, le « Primo » avec sa forme irrégulière et ses abords ombragés dallés de brique, où il faisait bon s’allonger, à même le sol, en été et l’« Olympique » vaste bassin de compétition, avec ses plots, son plongeoir et …ses anneaux olympiques stylisés.

Les piscines et la table réputée du bel établissement que fut le Palmarium (à l’instar de celle du Cirta, du Transat et de l’Aéroport), dont les terrasses donnant directement sur les bassins, furent longtemps, avec le Casino municipal (qui aura vu la prédiction de son rasage, connue à Constantine, effectivement se réaliser), synonymes de joie de vivre constantinoise, une joie de vivre naturelle, une propension à la joie et au divertissement.

Citons aussi la grande voûte souterraine, sous le pont d’El Kantara, lorsque le fleuve disparaît au regard, merveilleuse grotte, où le Rhummel forme un véritable lac sous le roc, où stalagmites et stalactites forment d’étranges silhouettes de piliers gothiques, où fontaines et cascades finissent par charmer, après les yeux, l’oreille.

L’oreille qui entendra plus bas, en aval, le bruit des chutes de Sidi M’cid, que surplombe un pont en pierre taillée, d’où on peut deviner au loin le mausolée de Sidi M’hamed el ghorab et ses gueltas, lieux de cérémonies maraboutiques, où l’eau et les tortues, sont au centre de rites féminins propres à la région.

Que d’eau aussi sur les hauteurs, à Djebel el Ouahch, où des travaux d’aménagement et de drainage, ont permis l’apparition de charmants lacs artificiels, au milieu de bois où il fait bon se promener.

Comme il fera toujours bon se promener le soir, sur le Boulevard de l’Abîme, cherchant la mer au delà du mont Chettaba et découvrant finalement les plus beaux couchers de soleil, ici, à Constantine.

                                                                                                                             Ahmed BENZELIKHA.

lundi 19 novembre 2007

Absence si présente. Par Ahmed Benzelikha

Noureddine BELHACHEMI
En quête d’une absence si présente.

Né à Sidi Chami en 1954, Nourredine Belhachemi a fréquenté l’Ecole des Beaux Arts, à Oran, Alger et Paris, puis l’université de Paris VIII. Il expose ses œuvres depuis 1980 et enseigne la communication visuelle. Ouvert et sincère, Belhachemi, l’homme, est doué d’une personnalité très attachante.
Quant à sa peinture, elle parvient, pour peu qu’on ne tienne pas assez en laisse ses sens, à dérouter notre (bon) goût
de l’homogénéité et notre propension à circonscrire.
S’en est fait, alors, de nos belles certitudes sur l’ordre des choses, sur cet ordonnancement de l’art qui veut que le
Beau soit objet et non émotion, figement et non élan.
Cet élan par lequel la peinture de Belhachemi, « règne par l’étrange pouvoir de l’absence ». Pouvoir d’un art éparpillé en bribes, par le souffle, qu’on devine tumultueux, de la quête. Quête, nous confie le peintre, de la spontanéité de l’art, de l’expression primitive de la pulsion créative.
Chimérique entreprise ! Serions-nous tenté de rétorquer, tant depuis le début du 20ème siècle, avec un renouvellement significatif après 1945, nul artiste se réclamant de cette recherche, n’a pu « éluder le bonheur ». Mais Belhachemi semble en avoir « fait la magique étude », réussissant à (nous) marquer (de) l’absence, de ce qui est sans être là, à nous convaincre de la valeur et de la nécessité de sa quête.
Les bribes deviennent alors réfractions, réverbérations, réminiscences d’un paradis perdu en nous, inéluctablement aliéné.
Qu’on soit enclin à étoffer la réminiscence, à combler non pas le vide, mais la place vide, et nous partageons la quête : la passion de la trace. C’est là alors que la peinture de Belhachemi atteint toute son ampleur, sa pleine signification.

Certes, cette communion est aléatoire, difficile même, en effet le peintre fuit l’aisance, laquelle rime trop ben avec complaisance, il se veut libre de toute contrainte sociale ou technique.
Dénonçant les conventions et les modes, Belhachemi s’insurge contre une peinture amuse-gueule des fines bouches, gagne-pain des gagne-petit. Exaltante ou rébarbative, c’est selon, la peinture de Belhachemi entend gagner en profondeur ce qu’elle perdrait en surface. Elle s’installe aux extrêmes, lâchant pied bien loin de tout confort esthétique ou intellectuel. En cela elle est à saluer.

Ahmed BENZELIKHA

mercredi 14 novembre 2007

CES PONTS LA ! Par Ahmed Benzelikha

CONSTANTINE,
CES PONTS LA !
Par Ahmed Benzelikha 

Surpris de me retrouver ? M’auriez vous fait partir au diable vauvert ? Pourtant, depuis le temps que vous me connaissez, vous devriez être au fait de mes habitudes.

Je prends toujours des vacances en été, pour revenir sitôt les premières pluies de l’automne. Je vais même vous surprendre en vous apprenant qu’autrefois, je ne prenais jamais de repos. Je m’ébaudissais alors de voir s’ébattre les embarcations ici même.
Je vous devine incrédules et cela m’offense. Si vous ne me croyez pas, peut-être ajouteriez-vous foi, à ce qu’a relaté un des vôtres, un certain El Bekri. Mais, passons, à mon age on sait être indulgent à l’égard de la jeunesse et de ses travers.

Si je comprends bien, vous souhaiteriez que je vous parle des ponts de celle-la, là haut, Constantine. Ah ! Ces ponts !
Ne vous en aurait-on pas assez rebattus les oreilles ? « Ponts-ci, pont là », les ciceroni n’ont que cela à la bouche ! Décidément je ne comprendrais jamais les hommes, qui au lieu de s’attacher à la pérennité, ne s’occupent que de l’éphémère. Car qu’est ce qu’un pont ? Sinon un précaire passage, par-dessus une contrariété ; Est qu’est ce que cela devant le temps ?

Ce dernier ne m’est point inconnu, pour l’avoir pour compagnon depuis, excusez du barbarisme, le néo-pléistocène
et ce rien qu’en ces lieux, qu’il m’est fort aise de voir vous plaire.
Ne croyez surtout pas que je sois jaloux, disposerais-je de raisons suffisantes, pour l’être, que je ne le pourrais point.

J’étais ici avant les ponts, je serai encore là après eux. Ils peuvent bien aujourd’hui me dominer du haut de leur superbe, oublient-ils que c’est grâce à moi, qu’occasion leur est offerte d’exister, l’abîme de leur contingence, j’en suis le maître d’œuvre !

Enfin, à votre guise, qu’il ne soit pas dit qu’on essuie rebuffade de mon fait. Mais vous me le permettrez et pour ne point nous égarer, je ne m’en tiendrais qu’aux ponts contemporains.

Il y a d’abord l’aîné, le bourgeois, bien établi et imbu de son importance, le pont d’El-Kantara, vous me passerez ce bilingue pléonasme, emprunté à vos usages idiomatiques.
Ce pont, en vertu du droit d’aînesse a disposé de l’héritage de ses deux aïeux, le romain et le turc. Je sais que tout cela fait très « cosmpolitain », comme on disait avant, mais que voulez-vous, on ne choisit pas ses ancêtres, pas plus que ses ponts d’ailleurs.
Son aïeul romain, devait être né aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Quant au turc, il vécut entre 1792 (voyant le jour sous Salah-Bey, celui-là même que pleure la belle chanson) et 1857, à cette date il périt, écrasé de chagrin et par un régiment d’infanterie d’une armée arrivée dans la contrée vers 1837.

Ici, laissez-moi vous confier, en farcissure de mon propos, pour emprunter aux Pensées, que si j’ai pu connaître beaucoup de gens, depuis les temps immémoriaux ou, si vous préférez, depuis le néolithique, je ne me suis attaché qu’aux enfants du pays et, dès lors, qu’ils ont adopté le croissant comme étendard, dusse t-il être le Pendon de
Las Navas, il a été mien aussi.

C’est vous dire, que je n’ai pas du tout apprécié ces soldats venus du nord, me toisant, me trouvant trop modeste à leur goût, ils osaient même des comparaison à mon désavantage !

Mais revenons au pont d’El-Kantara, long de 127,5 mètres, large de 13, s’élevant à 125, il est né en 1863.
Je ne l’aime pas ce pont, d’abord il est trop arrogant, ensuite il me fait ombrage, juste au moment où je me prépare
à rencontrer les voûtes de travertin, que vous voyez là, des amies de longue date. Vous me concéderez, qu’en la circonstance, j’ai besoin de la lumière pour être à mon avantage, non d’un voyeur.
Oui, car derrière la respectabilité à barbichette de ce pont d’El-Kantara (grasseyement prononcé), se cachent les mœurs les plus dissolues. Le gredin, comme tous ceux de son espèce, adore s’encanailler. Allez, allez donc voir,
côté gare, toutes ces bouteilles vides de mauvais vin.
Si ce n’est pas malheureux, ça se dit noble – en fait, il acheté son titre sous le second empire – et ça se saoule
à la piquette.

Ce n’est point comme Sidi-Rached, un pont solide, sain, qui ne rechigne nullement à la tache, plein de gouaille, adopté par le populaire, mascotte du vieux club sportif de la cité, le C.S.C.
Le pont de Sidi-Rached est né en 1912, c’est un viaduc impressionnant, qui compte vingt-sept arches, dont l’une
de 70 mètres, enjambe allègrement le vide. Pour une longueur de 447 mètres, il est large de 12.
Il a ses racines plantées dans la vieille ville, près du sépulcre de son saint patron Sidi-Rached, dont a il toujours
mérité du nom et de la bénédiction. Ce n’est pas comme ce « m’tourni » d’El-Kantara, qui aurait préféré,
j’en pouffe, s’appeler Napoléon III.

Et puis… il y a Dieudonné! Fin et racé. Le pont suspendu. Beau et élégant, c’est un séducteur né. Depuis 1912, il éblouit tous ceux qui l’approchent. Sa silhouette avantageuse se profile idéalement sur l’azur, tel « un prince des nuées », qui jamais ne toucha sol.
On ne lui reproche qu’une expression malheureuse : « je ne me permettrai jamais de frayer avec la populace »,
dont il aura fait une règle de vie. Mais, que voulez-vous, on ne lui en tient pas rigueur, nous autres roturiers,
sommes toujours fascinés par l’éclat de l’aristocratie. Et puis…il est si haut à 175 mètres ! Quand on traverse
ses 160 mètres, on ne le fait que respectueusement, craintivement, subrepticement…tant son port altier en
impose.

Enfin, il y a le plus jeune, né en 1925, appelé communément pont de l’Ascenseur, qui n’a jamais voulu grandir,
jamais voulu être comme les autres. Fragile et marginal, on ne l’emprunt qu’à pied. Poète, il est d’un romantisme exacerbé. Passionné, il est parfois violent. Il faut l’avoir vu trembler comme feuille les jours de désespoir, quand
le vent hurle à la mort. Tour à tour joyeux ou mélancolique, il est imprévisible… . On ne m’enlèvera pas de la tête que ce petiot est amoureux ! Filiforme, il suspend ses 125 mètres sur une hauteur de 116.

Voilà donc les ponts de Constantine, auxquels il vous faudrait adjoindre le petit pont du gué des troupeaux, dont
je n’aime pas (vade retro !) le nom français, et celui des Chutes, où comme son nom l’indique, je chute.
J’en profite pour rendre hommage à celle de Camus, bien que je ne sois ni juge ni pénitent et à celui-là d’un plat
pays qui n’est pas le mien, bien qu’on fasse tous celui là qu’on attend quelque part, mais qu’on n’attend pas.

Mes éparses impressions, auront répondu, un tant soit peu, j’ose l’espèrer, à votre attente. Vous daignerez m’excuser maintenant, car à l’approche de l’hiver, moult taches m’attendent. Je dois vous quitter et croyez que tout le plaisir a été pour moi. N’oubliez surtout pas de témoigner de ma bonne santé, le vieux RHUMMEL n’est pas prêt de devenir gâteux !

Ahmed BENZELIKHA
Constantine, 27 octobre 1991

mardi 13 novembre 2007

Documents sur Constantine par Ahmed Benzelikha Chargé de mission aux Archives de Constantine

BENZELIKHA Ahmed (1997).
CONSTANTINE. OUVRAGES. NOTICES. ARCHIVES. PERIODE COLONIALE.

Sommaire inventaire analytique, comprenant une brève notice descriptive de
quelques ouvrages et documents de la période coloniale directement consacrés

à la ville de Constantine.

Par Ahmed BENZELIKHA

1- ALQUIER (P.), Guide de Constantine, Imp. Paulette et ses Fils, Constantine, 1930. 239 p., nombreuses illustrations.

Premier guide touristique de la ville, l’ouvrage dresse un tableau complet du Constantine colonial (c’est l’année du Centenaire), aux volets historique, géographique et culturel. En dix-huit chapitres allant de la géographie physique, aux sites et monuments naturels en passant par Constantine dans la littérature et Constantine française, l’auteur offre au touriste, mais aussi au curieux, un guide de référence.

2- ANTOINE (F.), Constantine,
Centre Economique, marché de grains et de tissus, Imprimerie du centre Camilli et Fournié, Toulouse, 1930.215 p.

Etude du rôle économique joué par Constantine, en particulier dans le commerce céréalier et textile.

L’étude s’intéresse tant à l’histoire, aux infrastructures économiques qu’à « l’organisation ethnique » du commerce indigène.

3- ARMEE (Service Cinématographique de l’),
Revivre, Edité à la requête de M. Maurice Papon Constantine, 1957.53 p.

Reportage photographique légendé consacré aux Centres de Regroupement du Nord-Constantinois. Centres résultat du « Travail qui a été entrepris sur le territoire du Département de Constantine (…) au bénéfice des populations musulmanes venues se regrouper autour et à l’abri de nos postes militaires, pour se soustraire aux intolérables et continuelles pressions dont elles sont l’objet de la part des rebelles » comme le souligne le préambule de la brochure.

4- BERTHIER (A.), Constantine, Imp. Du Sud, Toulouse, 1965.183 p. 66 illust.

Album consacré à Constantine, avec de nombreuses illustrations en couleurs, retraçant son histoire et décrivant ses atours.





5- BERTHIER (A.), Constantine, carrefour Méditerranée-Sahara, Attali et Chapelle Co-Editeurs, Constantine, 1961.

L’ouverture est une sorte de guide parrainé par la jeune Chambre Economique de Constantine. Il s’agit donc d’une œuvre de promotion du rôle socio-économique de la cité à travers le tourisme.

Divisé en six parties, le livre retrace d’abord l’historique de Constantine, en décrit le sîte, puis propose des itinéraires touristiques avant que de présenter les monuments de la ville, pour enfin passer en revue différents grands circuits touristiques.

6- CHARLIER (R.) Constantine, Encyclopédie d’outre-Mer, Paris, 1965, 16p. Sorte de brochure, semblant être un tiré-à-part avec de nombreuses illustrations photographiques, une présentation du genre «magazine ».

Le texte se divise en plusieurs parties : Le sîte, Cirta punique, Cirta Romaine, Cirta Chrétienne, Constantine dans l’Afrique Musulmane, une ville étrange, une ville berbère, le quartier juif, aspects de la vie Musulmane, scènes populaires, l’architecture Musulmane, un siècle de présence française et Constantine aujourd’hui.

7- CHIVE (J.) et BERTHIER (A.), L’évolution urbaine de Constantine 1837-1937, Braham, Constantine,

L’ouvrage se présente comme une description géographique de Constantine et de son développement urbain.

Description de sîtes, récapitulation des réalisations et point sur l’aménagement urbain de la ville, constituent le propos de ce livre.

8- CIRTA-REVUE (Rédaction de), CIRTA-REVUE, 1895-1896, Imp. L. Poulet, Constantine 1986-385 p.

Recueil annuel de Cirta Revue, « Revue Littéraire et artistique paraissant à la fin de chaque mois ».

Le contenu du recueil est très diversifié, en réunissant nouvelles poèmes, récits, études historiques chansons et dessous.

Certains articles sont de très bonne facture, à l’instar de celui consacré par E. MERCIER aux deux sièges de Constantine.

9- CLAMEGERAN (J.J), l’Algérie,
Impressions de voyage, suivies d’une étude sur les institutions kabyles et la colonisation, Librairie Germer Baillière, Paris, 1874.

Impressions d’un voyage accompli par l’auteur en Algérie et qui l’a mené, entre autres, à Constantine. Le récit est truffé d’anecdotes et évoque souvent l’actualité de l’époque.






10- COMMUNE DE CONSTANTINE, Rapports du Maire du Conseil Municipal, L. Marle, Constantine, 1861.100 p.

Bilan de la gestion de la commune et présentation des budgets, constituent l’objet de cet ouvrage à caractère administratif.


11- DUPUCH (A.A), Essai sur l’Algérie Chrétienne, romaine et française et extraits de quelques-uns des sommaires de la traduction de l’Africa Christiana de Morcelli. Imprimerie Royale, Turin, 1847.503 p.


Il s’agit d’extraits de l’Africa Christiana abondamment commentés par l’auteur, souvent sans séparation nette entre la citation et son commentaire.

L’auteur s’attache à retrouver, in situ, les éléments évoqués dans les sommaires de Morcelli, en soulignant la lignée Romanité, Chrétienté, Francité et la légitimité de la présence française en Algérie.

12- DUREAU DE LA MALLE, Province de Constantine, Recueil de renseignements pour l’expédition ou l’établissement des Français dans cette partie de l’Afrique septentrionale Libraire de Giole, Paris, 1837.315 p.

Sorte de compilation d’informations-réunis à partir d’ouvrages d’auteurs anciens, grecs, romains et arabes et de voyageurs modernes. L’ouvrage a été écrit au lendemain de l’expédition échouée de 1836. Il se présente comme une somme de renseignements pour l’organisation d’une seconde expédition militaire contre Constantine.

13- DOUVRELEUR (Mme), Constantine en 25 tableaux...Editions de la Jeune Académie, Paris, 1931.164 p.

Ouvrage écrit sur un ton anecdotique et intimiste. Décrivant divers aspects de la vie quotidienne à Constantine, vue par une « Métropolitaine ».

15- ESTRY (STEPHAN D’), Histoire d’Alger, de son territoire et de ses habitants, de ses pirateries, de son commerce et de ses guerres, de ses moeurs et usages, M. Mame et Cie Editeurs, Tours, 1845.384 p.

Oeuvre d’un militaire du corps expéditionnaire français, l’ouvrage relate la conquête française de l’Algérie. Les sièges de Constantine y sont longuement décrits par l’auteur, qui y a participé.

16- GALIBERT (L.), L’Algérie ancienne et moderne...., Furne et Cie, Paris, 1844.637 p.

Ouvrage qui, quoique se présentant comme «historique », constitue en fait une sorte de commentaire sur certains épisodes de l’histoire algérienne et un long exposé des opinions personnelles de l’auteur.





17- GAY (E.), l’Algérie d’aujourd’hui, Ancienne Librairie Furne, Combet et Cie, Paris, 1909.437 p.

L’ouvrage est un récit de voyage en Algérie , où l’auteur décrit les villes les plus importantes du pays, en mettant en exergue l’oeuvre française.

Constantine, jugée comme, de la conquête française, « la ville la plus curieuse à étudier et à voir » est présentée sur trente quatre pages. Dans cette présentation se mêlent description, impressions, anecdotes et propositions d’aménagement urbain.


18- GOUVERNEMENT GENERAL DE L’ALGERIE (Département de Constantine), Batna – Constantine – Bone, voyage officiel de M.F. Mitterand, Imp. Attali, Constantine, 1954.60 p.

Brochure de présentation du département de Constantine, à l’occasion d’une visite officielle. Programme de la visite, tableau statistiques et nombreuses annexes.


19- GOUVERNEMENT GENERAL DE L’ALGERIE (Département de Constantine), Constantine et son Département, Imp. Attali, Constantine, 1953.56 p.

Plaquette de présentation historique, administrative et statistique ( NB. Certaines parties sont identifiques à celles présentées dans l’ouvrage cité ci-dessus).

20- GOUVERNEMENT GENERAL DE L’ALGERIE (Département de Constantine), Construction d’une préfecture, Constantine, J. Beaumont, Constantine, 1877.

Il s’agit d’un programme de concours architectural de rédaction d’un projet de construction d’une préfecture à Constantine. Sorte de cahier des charges divisé en plusieurs chapitres et articles, avec un plan de masse de la construction projetée.

21- JOIRE (J.), histoire du lycée d’Aumale de Constantine., Ronéo., Constantine, 1958.22 p.

L’auteur retrace, de manière personnelle et lyrique, l’histoire du grand lycée de Constantine, qu’il compare à la suite de Maurice Mercier, au lycée Montaigne de Paris pour la valeur de la culture dispensée dans cet établissement.

22-LEON L’AFRICAIN (Hassan El Wazan dit), Description de l’Afrique,

Trad., de l’italien par A. Epaulard, Librairie d’Amérique et d’Orient Adrier Maisonneuve, Paris 1956.

Traduction du récit de voyage de Léon l’Africain, où quelques pages sont consacrées à Constantine, description du site, historique, description des habitants et de leurs moeurs y trouvent place.

23-LETAINTURIER (G.), voyage d’études en Algérie ; Imp. P. Dupont, Paris, 1901.134 p.

Recueil d’impressions de voyage, émaillé de descriptions relatant le séjour en Algérie d’un groupe d’instituteurs français de la « Métropole ».





24- LOEVENBRUCK (P.) et HELLIN (P.), Les cahiers du Sergent Walter, Ed. Tallandier, Paris, 1930.255 p.

Récit romancé, sous forme de mémoires d’un personnage de soldat ayant pris part aux compagnes militaires menées en Algérie.

La description des évènements réels, telle la prise de Constantine, alterne avec des épisodes de la vie personnelle imaginaire du « Sergent Walter ».


25-MEGNAOUA (C.), le Registre du Caïd El Bled de Constantine, Analyse des Arrêtés, Imp. BRAHAM, Constantine, 1929.32 p.

Petit fascicule analytique des arrêtés pris entre 1848 et 1850, par le « Citoyen GOSSELIN », Capitaine de Chasseurs en retraite, Caïd El Bled (Maire) de Constantine, « considérant que les fonctions remplies à Constantine par le Caïd El Bled embrassant trop d’intérêts et sont trop importantes pour être convenablement remplies par un agent indigène » (sic).

26- MERLE (E.), Documents inédits sur les deux sièges, de Constantine (1836-37), Imp. . BRAHAM, Constantine, 193 ?,44p.


Il s’agit d’un ensemble de correspondances des généraux français Morris et Duvivier, intéressant les deux sièges de Constantine. Les lettres les plus nombreuses sont celle du général Mauris, adressées à sa famille, tandis que celles du général Duvivier sont destinées à ses supérieurs.

Les lettres s’échelonnent entre le 1er juin 1836 au 30 septembre 1840.

27-NETTEMENT (A.), Histoire de la Conquête de l’Algérie, Librairie J. Lecoffres Paris, 1870.360 p.

L’ouvrage consacre plusieurs pages (vingt-huit) à Constantine, dont il retrace la première et la seconde expédition visant à sa prise par l’armée française.

28-OFFICIER DE L’ARME FRANCAISE D’AFRIQUE (Un). Journal de l’expédition et de la retraite de Constantine en 1836, J. Correard, Paris, 1837.91 p.

L’ouvrage est un journal, tenu par un militaire français, qui aurait participé à l’expédition de Constantine de 1836, qui s’est soldée par un échec.

L’ouvrage édité comme un ouvrage militaire (J. Correard est présenté comme éditeur d’ouvrages militaires) constitue un témoignage sur l’expédition et en justifie l’échec, en invoquant nombre de circonstances atténuantes.

29- ONDINE DU LYCEE DE CONSTANTINE (Association des), O.L.C. 1936-1938, Imp. Baconnier Frères, Alger, 1938.156 p.

Cet ouvrage élaboré dans le cadre des activités d’une association, rassemble en une sorte de recueil divers courts textes (nouvelles, contes, entretiens, impressions, poèmes, etc...) exaltant la natation à Constantine.

30-ORLEANS (Duc d’) . Compagnes de l’Armée d’Afrique 1835-1839, Michel Levy, Paris, 1870.458 p.

Mémoires du Duc d’Orléans, relatant divers épisodes de la conquête de l’Algérie, dont il fut un des acteurs principaux. Les deux expéditions de Constantine, 1836 et 1837, se voient réservées nombre de pages, du fait de leurs circonstances particulières (échec de 1836 « revanche » de 1837).


31-REVUE FRANCAISE (La), Présente Constantine ?, Paris 195 ?-12 p.


Constantine dans l’économie de l’Est algérien et saharien par la chambre de commerce de Constantine brochure de promotion socio-économique de la région.

32- SOCIETE POUR L’EXPLORATION DE CARTHAGE, Excursions dans l’Afrique septentrionale, Gide libraire et Arthus Bertrand, Paris, 1838.

L’ouvrage, sorte de récit de voyage parsemé d’observations scientifiques et de descriptions minutieuses, consacre plusieurs pages à Constantine.

Ville dont il commence par donner la longitude et la latitude, à travers l’observation détaillée des hauteurs, puis à en relater la prise, avant que d’en décrire les antiquités et l’état actuel, avec force détails et nombre de remarques. L’ouvrage pourrait être apparenté au genre « mission scientifique », qui a fleuri depuis la Campagne d’Egypte de Bonaparte.

33- SOCIETE NATIONALE D’EDITION ET DE PUBLICITE, Une clef pour Cirta, Publical, Alger, 1966.39 p. Hors publicité.

Sorte de brochure touristique, présentant quelques aspects de l’histoire, de la géographie et de la culture de Constantine, en reprenant souvent des textes de la période coloniale.

34- TROUSELL (M.), 1974-1953, Bilan d’activité de six années de vie municipale, Constantine, 1953.93 p. (IMP.Lefret).

Il s ‘agit d’un bilan détaillé de l’activité déployée par la municipalité de Constantine entre 1947 et 1953. Organisation de la municipalité, situation financière et réalisations, sont passées en revue.

Les divers secteurs d’activité sont abordés en vue de mettre en relief les efforts consentis par les Ediles entre 1947 et 1953. Ce bilan est l’occasion pour le lecteur de découvrir un panorama des sites constantinois et de l’activité socio-économique et culturelle.

35- VERT ET ROUGE (Revue de la Légion Etrangère), La légion en Algérie depuis 120 ans Bureau de la Légion Etrangère, Marseille, 1949.

Il s’agit d’un numéro spécial de la revue, où la prise de Constantine occupe plusieurs pages à travers un portrait de Saint Arnaud et la citation in-extenso des écrits de celui-ci, relatant l’assaut et le rôle qu’il y aurait joué, en qualité de capitaine de la légion.


Ahmed BENZELIKHA

lundi 1 octobre 2007

MALEK HADDAD ET ANTOINE DE SAINT EXUPERY par Ahmed BENZELIKHA

Malek et Antoine
Ils étaient différents. Le Français de Lyon et l’Algérien de Constantine. L’un né au début du siècle, l’autre vingt ans plus tard. Pourtant que de fois ne se sont-ils pas rencontrés, dans les mots qu’ils marquaient, dans la sensibilité qui les marquait.
L’un était Antoine, l’autre était Malek, mais tous deux étaient des hommes, des frères dans le désert du monde, construisant « la citadelle des cœurs ». Au-delà des différences, somme toute bien ténues, c’est l’humanisme de l’un comme de l’autre qui les aura unis dans leur écriture et leurs positions. Soit le sens qu’ils ont voulu donner à leur œuvre et donc à leur vie, dans sa pérennité, à des générations de lecteurs, d’hommes.
Si les études critiques confirment que c’est souvent autour de l’engagement de l’intellectuel que les deux auteurs ont construit la trame de leurs récits et leur vision du monde, l’affective proximité du lecteur dessine, plus volontiers, une grandeur d’âme partagée entre les deux hommes. Malek et Antoine, sous leurs dehors bourrus, étaient aussi des petits Princes, porteurs de cette blessure de solitude, paradoxe de tous ceux dont l’élan vers les autres leur faisait découvrir l’abîme qui pouvait les séparer des cœurs endurcis ou malades.
Cette blessure, due à leur générosité, s’avérera béante, quand la guerre en lacérera plus profondément les chairs vives. Tous les deux souffraient de cette antinomie de leur nature et de leur réflexion qu’est la guerre. Celle-ci, qu’elle fût nazie ou coloniale, leur fut cruellement imposée, comme à tous les hommes justes. Et si le sergent de la guerre civile espagnole, qu’interpellait le journaliste Saint Exupéry, ne savait pas pourquoi il mourait, Antoine et Malek savaient que leur cause, qui était commune, était celle qui ferait que les sergents, comme tous les hommes, sauraient pourquoi ils devaient vivre et ne défendre qu’une seule cause : celle de la liberté et de la dignité.
Cette liberté et cette dignité, dont chacune des lignes des ouvrages de Malek était porteuse. Non pas de manière simpliste et réductrice, mais dans toute la complexité d’une problématique, qui, pour être celle d’une nation, se posait d’abord en termes humains, à l’échelle de l’individu. Cette dimension humaine de la guerre de libération et de ses déchirements affectifs et intellectuels est bien le propre de l’œuvre de Malek, toute de lucidité et de sensibilité, d’honnêteté intellectuelle.
Pour des hommes d’honneur (et la Déclaration du 1er Novembre le confirme, tout comme l’Appel du 18 juin), aucune guerre, aussi juste soit-elle, ne va de soi : le reconnaître n’est signe que d’intelligence de l’esprit et de noblesse de l’âme, n’en déplaise aux détracteurs. Ceux-là mêmes pour qui les valeurs de l’humanisme ne sont que des artifices « petits bourgeois ». Cet adjectif, présumé « infamant », sera d’ailleurs utilisé pour qualifier la démarche de Haddad, à qui on reprochera, pêle-mêle, sa réussite professionnelle, son soutien à Boumediène ou sa position vis-à-vis du français.
La mode dogmatique passée, du moins celle-là, les écrits de Malek Haddad demeurent, par une espèce d’ostracisme hérité, largement méconnu, par rapport à ceux d’autres écrivains de sa génération. De même, ceux de Saint Exupéry sont confinés dans une littérature d’action, au succès de petit prince ou à une vie passionnante, qui pourtant ne sauraient dissimuler la profondeur et l’importance de l’œuvre. Deux grandes œuvres, deux grands écrivains -
et deux grands journalistes engagés - mais, surtout, grands hommes à découvrir ou, plutôt,
à redécouvrir, dans leur déchirante actualité, qui est aussi celle de notre propre époque. « Ecoutez, ils nous appellent. » 

mercredi 20 juin 2007

ECOLE ARAGO par Ahmed Benzelikha

Il y a des lieux qui vous marquent pour toute votre vie. Vous les emportez avec vous, ou mieux: ils font partie de vous, indissociablement. Il en est ainsi de l'école Arago. C'est à Constantine, à Sidi Bouannaba, au dessus d'El Batha, à coté d'El Sayda, à flanc de la Grande mosquée le dominant de son minaret au dôme vert, que s'étend "Arago", toponyme consacré, qui n'a pas lieu d'autre précision.
Construit à la fin du XIX siècle l'établissement, porte la marque de son époque, austère, quelque peu solennelle, "Jules Ferryenne". Grande cour brique,en petites dalles longilignes , sur laquelle donnent de grands étages, s'étalant en larges couloirs balcons, portés par des collonnades, s'arc-boutant en arcades de voute au rez de chaussée.
Salles de classes lumineuses, aux fenetres immenses, où l'hiver venu, le poêle crépite et la cave..., où s'entrepose le bois coupé pour le chauffage, mais où se retrouvent aussi, les "fortes têtes", expiant leur fautes parmi, dit-on, les souris.
Les plafonds hauts, les cadres de portes étirés,le fer ouvragé, le bois et la fonte, sans oublier les encriers émaillés et la craie omniprésente. Ces matières de l'univers Arago, feront l'étrangeté de celui d'aujourd'hui. Arago est si loin, avec sa fontaine en coin, au débit si fort, sa cantine et le gros pain de campagne et puis, bien sur, la classe.

dimanche 3 juin 2007

Peuplades

Nous aurons à parler aujourd'hui, de peuplades, qui bien que héritières de brillantes civilisations, n'en sont pas moins dans un état de déliquescence complète dont tout esprit censé peut témoigner. En effet victimes de leurs croyances, tant religieuses, avec par exemple la doctrine laiciste, que paganistes, avec
par exemple le culte du progrès linéaire, sur lequel nous reviendrons, les traditions confrériques, dont celle, puissante, fondée sur des légendes artisanales moyenageuses et tant d'autres manifestations, qui interpellent les consciences soucieuses de la nécessaire harmonie, qui doit régner dans un monde qu'aujourd'hui nous partageons plus qu'hier.
Mais revenons, ne serait-ce que brièvement, sur ce culte du progrès linéaire, qui n'est en fait qu'une reprise de courants philosophiques étrangers, dénaturés par la propension de ces peuplades à la paresse intellectuelle, hormis quelques notables exceptions, qui ont tôt compris à notre contact l'inferiorité dans laquelle se complaisent leurs congènères.
Ce culte du progrès linéaire et ses corollaires en termes de cohésion, de cohérence, d'accumulation d'experiences et de savoirs, ne peut échapper à l'idée d'un actant de l'histoire (hier porté au pinacle, aujourd'hui tû lorqu'il s'agit de responsabilisation historique), installé dans un continuum historique, par ailleurs paradoxalement revendiqué.
Ces peuplades se disent, aujourd'hui, non responsables de ce qu'a "fait" une histoire dont ils se revendiquent et qu'ils revendiquent et dont ils sont, non pas seulement les héritiers, mais les continuateurs, les actualisateurs.
Notre mission est aujourd'hui claire, n'en déplaise à celui que je parodie : retrouver la raison.


Ahmed BENZELIKHA أحمد بن زليخة

samedi 2 juin 2007

Djenane el morkantia

Combien, parmi les passants au pas pressé, qui chaque jour enmpruntent, par centaines, les Allées Benboulaid, au centre de Constantine, sont ceux qui auront remarqué les grilles désormais closes du principal jardin public de l'aérienne cité ?

Le square Ben Nacer, anciennement Valée, mais de toujours connu sous l'appelation de "Djenane el morkantia" (Jardin des nantis), reflet de la stratification socio-toponymique, existait déjà au début de ce siècle. Se dressait alors en son centre, la statue conquérante d'un maréchal aujourd'hui oublié. Malgré la sculpture, le lieu fut vite adopté par les Constantinois. La belle et harmonieuse conception du square en faisait un havre de paix verdoyant, au milieu des trépidations citadines.

Que ne recelait ce jardin anglais, au charme désuet : Parterres, où des fleurs, aussi nombreuses que variées, s'offraient au ravissement des regards, en d'élégantes corbeilles chatoyantes. Arbres majestueux, à l'exemple de ces hauts palmiers, dominant jusqu'à l'imposant édifice abritant la maison de l'Agriculture, procuraient ombre et fraicheur bravant les plus chaudes journées. Allées larges et ombragées, que parsemaient des bancs, judicieusement disposés, invitant au repos et à la rêverie. Eau cristalline, qui perlait des parois d'une petite grotte de rocaille, alimentant un miniscule bassin antique, provenant de Timgad et orné d'amours chevauchant de fabuleux dauphins. Fontaine à pompe pittoresque, laquelle offrait généreusement, été comme hiver, une eau fraiche et désaltérante.

Mais ce jardin, c'était aussi tous ces enfants joyeux et turbulents, virevoltant, sur leurs bicyclettes louées pour un tour. Ces vieux retraités, aussi élégants qu'attachants, égrenant leurs souvenirs en de longues conversations. Ces familles, nombreuses les jours d'Aïd, venues cérémonieusement se faire photographier. Ces marchands de thé aux cheveux gris, mais au geste toujours vif, avec théière, brasero et petits verres.
Cette odeur de marrons grillés, les matins d'hiver. Ces sucreries locales, multicolores, ramenés des échoppes de Sidi El Djellis .. . Le jardin était aussi la vie.

"Passent les jours et les années", l'eau se tarit, les bicyclettes disparurent, les photos jaunirent et les souvenirs s'estompèrent.
Ahmed BENZELIKHA

lundi 28 mai 2007

Philippe GENTY par Ahmed Benzelikha

C'était dans un modeste théâtre de province, au désuet baroque italien, où dans un fumoir trône un piano, qui garde le souvenir de Paul Valéry. C'était à Sète qui avait ce soir là des allures de cité batave, qu'on aurait juré y avoir aperçu Jean Baptiste Clamence s'y perdre le long des canaux.
C'était "Ne m'oublie pas", de Phillipe Genty, qui y était donné ce soir là.
Fruit d'une recherche qu'on devine complexe, la démarche de Genty se fonderait principalement sur une conceptualisation psychanalytique et la mise en oeuvre d'effets visuels particuliers.
"Ne m'oublie pas", pièce sans dialogue, hormis deux exclamations significatives :"Dis quelque chose!" et un "non" qui suivra comme une réponse, est servie, portée, emportée par une partition originale, tempo magistral du procès scénique. Celui-ci est d'une envoutante impétuosité que jeu des comédiens, chorégraphie et effets spéciaux contribuent à libérer.
"Ne m'oublie pas", comme le rève verlainien est une création étrange et pénétrante. Même et autre, elle nous étreint, puis nous subjugue, dans une myriade d'émotions.
Aléatoire, serait de tenter la lecture de la pièce, tant elle s'en prêterait à une infinité.
... Pourtant un souffle tourbillonne en nous, à la confluence du spectacle, du spectateur et du sens. Un souffle fait de quête éperdue, de joies avortées, d'émois renouvellés et de (dés)espoir déchirant.
Et s'il fallait, dans la lumière crue ou blafarde des projecteurs, reconnaitre cette femme, ces femmes, ces hommes, ces automates et ces déguisements simiesiques. S'il fallait, en tous ces personnages d'un soir lointain, reconnaître quelque chose, ce serait la destinée humaine, celle de chacun de nous. Et c'est chacun de nous qui est là, sur cette scène de Sète, à vivre, à réver, à mourir. Mais, il se fait tard, Monsieur...

lundi 14 mai 2007

3ème ton

C'est ainsi que Corto Maltese me convia à prendre un café. C'était quelque part à Constantine, en contrebas de Djamaa el bey. Je regardais Essayed Ali guerroyer sur une gravure aux tons vert et jaune, rappelant les cartes du tarot espagnol," el ronda" du bleu de chauffe d'un monde révolu.
Il n'y avait aucun client, nous devions être les premiers de l'après-midi, le temps passe vite à Constantine, comme dans ce récit sismique de Si Tahar Ouettar. Il faisait chaud. Le vieux serveur semble s'ennuyer. Il m'est sympathique. Il ressemblait à un vieil oncle écrivain public, d'une fraicheur d'esprit toute juvénile, malgré les aléas de son existence. Un oncle fabuleux, qui avait plein d'histoires à raconter, des Américains de 1944 à sa rencontre avec un fantôme féminin, sur le pont de Sidi M'cid, une nuit d'hiver.
Je l'invite à prendre un café avec nous, il accepte une limonade tiède.
Il vient s'asseoir à notre table et engage la conversation.
- Il fait chaud.
- Oui, mais c'est supportable.
- Il n' y a pas becoup de monde.
- Seulement vous.
- (Désignant ma guitare) J'en jouais dans le temps.
- Vous avez arrêté ?
- On s'arrête toujours..., ma première guitare, je l'ai acheté à vingt ans, j'étais célibataire et je
travaillais comme docker.
- C'était bien ?
- D'être célibataire ?
- Non, les docks, les bateaux, le port..., tout ça..
- Faut aimer son métier et puis on n'a pas le choix.
- C'est vrai...

jeudi 10 mai 2007

ODE A MOUFDI

"Le Misericordieux, lorsque Adam fut de glaise formé et du souffle divin pénétré, appris à
l'homme les appelations".

Cette connaissance d'essence divine, ce pacte renouvelé par les messages du Seigneur, fera des mots lers témoins de notre existence.
Les nations, comme les hommes, ont besoin, pour mériter de leur nom, de mots.
C'est en les mots que nous sortons de nous mêmes, que nous affirmons notre être à nous mêmes et aux autres.
Les Nations, comme les mots, ont besoin d'hommes, pour les ciseler, pour les magnifier, pour atteindre au divin et il n'y a de divin que Dieu.
Dieu, alors, renouvelle le miracle en l'homme et lui prête le verbe qui tonne, le verbe qui prie, le verbe qui s'élève plus haut que les vagues du Déluge, lorsque sur l'esquif, Noé invoquait le Seigneur des deux mondes.
Alors qu'au plus profond des ténèbres, ce peuple et cette terre étaient plongés, l'Esprit de Miséricorde y plana et l'Algérie questionna "pour quel mal on l'enterra ?".
Naquit Moufdi ! Ce don d'un verbe pour la patrie. Mon pays eut alors une ombre sous le soleil. C'était l'ombre terrible de la révolte, sous le soleil de la Liberté.
Le champ de bataille était immense, le chant devait porter loin, jusqu'aux portes du Ciel. Une voix comme le muezzin, comme la trompe du Jugement dernier, éclata dans le fracas, puis des limbes, dans le feu d'une aube embrasée, surgit l'Algérie.
Ô Moufdi ! Ô Zakaria ! De ton sommeil, du Barzakh, que le Tout Puissant t'accorde d'entendre KASSAMAN, quand aux yeux des braves, elle fait monter les larmes. Ce sont les vagissements du premier enfant, les mâles accents d'un "Eli, Eli, lamma sabachtani ?", le cri de la femme implorant non pas l'oppresseur, mais le Seigneur. C'est la digne colère d'un peuple, la juste clameur d'une Nation.
A. BENZELIKHA