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samedi 2 juin 2007

Djenane el morkantia

Combien, parmi les passants au pas pressé, qui chaque jour enmpruntent, par centaines, les Allées Benboulaid, au centre de Constantine, sont ceux qui auront remarqué les grilles désormais closes du principal jardin public de l'aérienne cité ?

Le square Ben Nacer, anciennement Valée, mais de toujours connu sous l'appelation de "Djenane el morkantia" (Jardin des nantis), reflet de la stratification socio-toponymique, existait déjà au début de ce siècle. Se dressait alors en son centre, la statue conquérante d'un maréchal aujourd'hui oublié. Malgré la sculpture, le lieu fut vite adopté par les Constantinois. La belle et harmonieuse conception du square en faisait un havre de paix verdoyant, au milieu des trépidations citadines.

Que ne recelait ce jardin anglais, au charme désuet : Parterres, où des fleurs, aussi nombreuses que variées, s'offraient au ravissement des regards, en d'élégantes corbeilles chatoyantes. Arbres majestueux, à l'exemple de ces hauts palmiers, dominant jusqu'à l'imposant édifice abritant la maison de l'Agriculture, procuraient ombre et fraicheur bravant les plus chaudes journées. Allées larges et ombragées, que parsemaient des bancs, judicieusement disposés, invitant au repos et à la rêverie. Eau cristalline, qui perlait des parois d'une petite grotte de rocaille, alimentant un miniscule bassin antique, provenant de Timgad et orné d'amours chevauchant de fabuleux dauphins. Fontaine à pompe pittoresque, laquelle offrait généreusement, été comme hiver, une eau fraiche et désaltérante.

Mais ce jardin, c'était aussi tous ces enfants joyeux et turbulents, virevoltant, sur leurs bicyclettes louées pour un tour. Ces vieux retraités, aussi élégants qu'attachants, égrenant leurs souvenirs en de longues conversations. Ces familles, nombreuses les jours d'Aïd, venues cérémonieusement se faire photographier. Ces marchands de thé aux cheveux gris, mais au geste toujours vif, avec théière, brasero et petits verres.
Cette odeur de marrons grillés, les matins d'hiver. Ces sucreries locales, multicolores, ramenés des échoppes de Sidi El Djellis .. . Le jardin était aussi la vie.

"Passent les jours et les années", l'eau se tarit, les bicyclettes disparurent, les photos jaunirent et les souvenirs s'estompèrent.
Ahmed BENZELIKHA

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